Georges-Marie RAYMOND (23 mai 1769- 24 avril 1839)

raymondM. Georges-Marie Raymond fut l'âme de la jeune Société académique de Savoie; aussi fut-il, dès la première séance, installé comme secrétaire perpétuel.

Il était né à Chambéry le 23 mai 1769 ; son père Claude-François, originaire de Sixt, occupait une position modeste, comme intendant, du marquis d'Arvillard. Le jeune Georges-Marie fut élevé avec les fils du marquis, et put profiter de la bibliothèque et des leçons qu'il trouva dans cette famille. C'est ce qui lui inspira le goût des sciences et lui permit d'y briller au premier rang.
Ses parents lui firent commencer l'étude de droit ; mais là n'était pas sa vocation, il ne songeait qu'aux mathématiques, à la physique, aux sciences exactes. Devant pourvoir à sa subsistance, il travailla d'abord aux opérations du cadastre. Après l'occupation de la Savoie, en 1792, il passa à l'administration et obtint le poste de secrétaire général du département du Mont-Blanc. Mais cette carrière ne pouvait convenir à ses goûts studieux, et d'ailleurs ses convictions politiques et religieuses l'y rendaient suspect.

C'est alors seulement qu'il trouva sa voie : en 1794, il fut nommé professeur au collège de Chambéry, puis à l'école centrale, qui remplaça le collège, en 1796. Il y enseignait d'abord l'histoire et la géographie, bientôt il y joignit les mathématiques. En 1803, après la chute des écoles centrales, Chambéry eut une école secondaire communale, dont il fut nommé directeur tout en conservant l'enseignement des mathématiques. Il y joignit un pensionnat pour les élèves dont les parents habitaient hors de la ville. Par un privilège spécial, il fut autorisé à installer à l'école communale de Chambéry des classes de philosophie, qui, suivant la règle, ne devaient exister que dans les lycées. Dans ces diverses fonctions, il s'attira l'estime de ses concitoyens et la confiance entière du gouvernement. Il en fut récompensé par les palmes d'officier d'académie, qui étaient alors réservées aux plus hauts fonctionnaires des lycées et n'étaient distribuées qu'avec une sage parcimonie.

Pendant qu'il s'adonnait tout entier aux soins de son enseignement, Georges-Marie Raymond trouvait le temps de publier de nombreux travaux scientifiques et littéraires, dont il nous reste maintenant à rendre compte.

L'introduction du système métrique en Savoie rendit nécessaire la publication d'un rapport des anciennes mesures usitées dans les diverses provinces de la Savoie avec le nouvel étalon. Une commission fut chargée de le préparer. M. Raymond, membre et rapporteur de cette commission, publia le Manuel métrologique du département du Mont- Blanc (1803).
Rapport fait à la commission des poids et mesures, le 6 messidor an XI, sur l'échelle des plans du cadastre de la Savoie et le rapport de cette échelle avec le terrain, in-4°. (Chambéry, Cléaz, 1803.)

Un travail analogue était nécessaire sur le cadastre pour établir la répartition de l'impôt foncier. Raymond, à la suite de longs calculs, put établir que le cadastre ancien de la Savoie est, avec la superficie réelle du sol, dans le rapport de 1 à 2372.

Mémoire sur la nécessité de maintenir à Chambéry le chef-lieu du département du Mont-Blanc, in-4°. (Chambéry, 1797.)

En 1792, il avait publié déjà une réfutation du système de Bernardin de Saint-Pierre sur la figure de la terre, sous ce titre -. À l'Auteur de la chaumière indienne (Chambéry, Lullin, 1792).
À Genève, Paschoud, 1802, Essai sur l'émulation dans l'ordre social et sur son application à l'éducation. Le Journal des Débats, du 20 floréal an x, apprécie cet ouvrage en ces termes . " M. Raymond prouve, par le talent avec lequel il a traité ce sujet, combien il serait injuste de le ranger dans la classe des littérateurs médiocres, et par le système qu'il embrasse, combien il est étranger à celle des sophistes. Il tremble, il est vrai, soit vénération réelle pour J.-J. Rousseau, soit déférence et ménagement pour ses juges, d'avoir à soutenir un sentiment combattu par l'auteur de l'Emile. Mais enfin, quand il a pris son parti, il n'en ébranle pas d'une main moins ferme le trône sur lequel est assise la divinité ; il renverse avec une logique très solide tout cet échafaudage de mauvais raisonnements, de sophismes captieux, de contradictions évidentes que peut revêtir, mais que ne pourra jamais faire absoudre, une éloquence vive et entraînante. "
Plan d'un cours de logique ou essai d'un choix de matières proposées pour un traité élémentaire de l'art du raisonnement. (Paris, Sajou, 1811.)

Application aux équations du premier degré de la méthode d'élimination, par la recherche d'un commun diviseur entre les équations données. (Annales de mathématiques, vol,. II.)
À cette époque, une grande révolution politique vint changer, sa vie. Par suite de la chute de l'empire français, la Savoie revint sous la sceptre de ses anciens rois. M. Raymond abandonna le pensionnat et la direction de l'école secondaire. Il reçut le titre de préfet honoraire du collège royal, et n'y conserva que les chaires de mathématiques spéciales et de géographie. Ce n'est qu'en 1829 qu'il quitta définitivement l'enseignement public.

Pour occuper ses loisirs, il fonda, en 1816, le Journal de Savoie, feuille hebdomadaire, qu'il rédigeait lui seul avec les soins les plus méticuleux. Il en résultait une froideur de style et une prudence souvent exagérées, qui firent souvent appeler ce journal : la feuille sèche

L'Académie des jeux floraux de Toulouse avait proposé pour sujet du concours d'éloquence l'éloge de Blaise Pascal. Aucun des concurrents n'ayant mérité le prix, le même sujet fait remis au concours jusqu'à trois fois. Enfin, en 1816, M. Raymond se présenta, et obtint l'églantine d'or. (Son discours a paru à Lyon, chez Rusand, 1816.)

C'est à la suite de ce triomphe qu'il songea à créer à Chambéry une petite Société académique, et qu'il en fut un des principaux promoteurs, ainsi que nous l'avons déjà raconté. Outre les comptes rendus imprimés en tête, de chaque volume, ses travaux communiqués à cette Académie sont très nombreux.

Il y aurait en outre des articles insérés dans divers recueils, des pièces de musique religieuse, publiées par Cartoud, à Lyon, et un nombre considérable de manuscrits, de travaux restés inachevés, dont on trouve l'indication dans le dictionnaire historique de Grillet, article Chambéry (vol. 11, p. 183 et 184.)

Il n'est pas étonnant que M. Raymond, doué d'une si prodigieuse activité, ait fait partie d'un grand nombre de Sociétés savantes. Nous pouvons citer :

  • L'Académie royale des sciences de Turin
  • La Société royale des sciences de Goëttingen
  • La Société pour l'avancement des sciences de Genève
  • L'Académie philharmonique de Bologne;
  • La Société philotechnique de Paris ;
  • Les Académies de Dijon, de Nîmes, de Lyon, de Grenoble, de Soissons, d'Arras, etc.

Au milieu de ces travaux et de ces honneurs, la mort vint l'arrêter, mais non le surprendre, le 24 avril 1839. Pour prouver qu'il s'y était bien préparé, il suffit de citer ces quelques lignes de son testament

" Que mes enfants ne cherchent point les richesses.... Piété solide, intégrité rigoureuse, travail, courage et résignation dans les peines, soumission sans murmure aux volontés du Ciel, combat soutenu des passions dangereuses et des penchants désordonnés, mépris des vanités mondaines, privation de tout superflu, afin de pouvoir exercer le précepte de la charité chrétienne en venant au secours des infortunés dans toutes les occasions, voilà, en peu de mots, les règles de conduite qu'ils doivent se prescrire, et qui seules peuvent assurer leur véritable félicité.... "
On peut dire que ces dernières recommandations sont en même temps le portrait du mourant. Il fut par-dessus tout l'homme du travail et du dévouement.

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