La séance ordinaire de l’Académie de Savoie du 15 octobre 2025 a été consacrée à Savonarole et aux voies d’accès à Chamonix à travers les siècles
En début de séance, le président Geneletti rappelle les prochaines rendez-vous importants de l’Académie : le discours de réception de membre titulaire de Vincent de Rivaz le 7 novembre à 16 heures dans le salon de l’Hôtel de Ville de Chambéry et la remise à l’Académie de l’épée d’académicien d’Henry Bordeaux par son petit-fils Philibert du Roure de Beaujeu le 19 novembre à 15 heures dans le salon de l’Académie (attention : heure d’hiver !).
Il souligne ensuite le plaisir et l’honneur pour l’Académie de recevoir Madame Cécile Terreaux-Scotto, professeur à l’Université Grenoble Alpes, et fille de Louis Terreaux, notre ancien Président qui a tant marqué notre Compagnie.
Savonarole
Cécile Terreaux-Scotto avait choisi comme thème « Savonarole : prophétie, histoire et politique au début des guerres d’Italie ».
Né en 1452 à Ferrare, Savonarole est dominicain. Il arrive à Florence en 1490. Il entreprend alors de réformer la Cité au niveau religieux et politique. Il s’oppose aux Médicis et au pape Alexandre Borgia – Alexandre VI – et sera excommunié et finalement exécuté en 1498. La conférencière s’est plus particulièrement attachée à l’étude de ses sermons et de ses écrits, qui ont fait l’objet de peu d’attentions.
En 1492, le Ciel annonce des catastrophes. Charles VIII, l’héritier des Anjou, rêve de conquêtes et de revanches. Une prophétie lui annonce les plis grands succès. Savonarole a des visions, l’église corrompue doit être rénovée. Effectivement, l’arrivée de Charles VIII en 1494 est un choc pour l’Italie et Savonarole voit en lui un nouveau Messie. C’est le moment de rénover la Cité de Florence et l’Église. Le jeune Pierre de Médicis est chassé et une réforme politique est mise en place. On crée un Grand Conseil de 3200 citoyens et un Conseil resserré des Quatre-vingt en abolissant toute dimension monarchique. La moralité augmente, les courses de chevaux et les carnavals sont supprimés, on écoute Savonarole et on adopte sa marche à suivre.
Dans ses sermons de carême, il prétend ne pas être un prophète, tout en se comparant au prophète Amos. Si « les enragés augmentent » en opposition à lui, rien ne le perturbe car il parle au nom de Dieu, même pas son excommunication par le pape Alexandre Borgia. Si les Florentins commencent à le suivre plus difficilement, peu importe, il est la porte-parole de Dieu et il ne craint pas la mort.
Il joue sur la peur et les émotions dans une période de forte crédulité : « à cause des péchés, Dieu envoie des fléaux », comme le sac de Rome par Charles VIII. Il ne dit que le vrai et s’identifie à Florence, modèle du monde chrétien.
En conclusion, la fusion entre Savonarole et la Cité a fonctionné un temps. Pendant le siège de Florence par les espagnols, … on faisait des processions. On ne peut que souligner l’efficacité de sa parole.
Les voies d’accès à Chamonix
Jacques Perret, ingénieur et alpiniste, présente ensuite « Les voies d’accès à Chamonix depuis la Savoie, le Valais et le Val d’Aoste à travers les siècles ».
La plus vieille carte connue date du XIIIe siècle. C’est la copie d’une carte romaine. Elle mentionne le Petit et le Grand Saint Bernard, seul le Petit étant aménagé pour les chars. On sait aussi qu’une voie romaine très fréquentée allait de Courmayeur à Aoste par le col du Bonhomme. Dans le Paradin, on compte quatre voies d’accès pour aller de Gaule en Italie dont les cols du Mont Cenis, du Saint Bernard et de Tende.
La montée Pélissier, de Sallanches à Chamonix, dangereuse au XVIIIe siècle, est aménagée et permet le passage de chars à la fin du XIXe. Pour accéder à Martigny, on passe par la Tête Noire, qui fait l’objet d’un récit apocalyptique d’Alexandre Dumas. Un second itinéraire emprunte le cold de la Balme, plus court, mais dont la descente vers Martigny est très rapide et abrupte.
L’arrivée du train bouleverse les accès à Chamonix, plus que l’avènement de l’automobile. La Compagnie des chemins de fer PLM arrive au Fayet en 1898 et à Chamonix en 1901. L’électricité fait son entrée dans la région de la Houille Blanche. Le tunnel du Mont-Cenis, le plus long du monde, est inauguré en 1871 alors que les premières études du tunnel du Mont-Blanc débutent. Elles ne débouchent pas alors que la Suisse fait le Simplon en 1906.
C’est l’automobile et le trafic routier qui relancent le Mont-Blanc après la deuxième guerre mondiale. Il sera inauguré en 1965.
Beaucoup de projets plus ou moins farfelus de trains à crémaillère ou d’ascenseurs sont étudiés. La réalisation d’un chemin de fer qui aurait mené au sommet du Mont-Blanc, dit projet Duportal, est lancé. Il monte jusqu’au Nid d’Aigle, près du glacier de Bionnassay. Électrifié ensuite, il n’ira pas plus loin.
Le premier tronçon du téléphérique de l’aiguille du Midi est réalisé en 1924 et le second en 1927. Trop peu rentable, la Compagnie fait faillite. Abandonné, un nouveau téléphérique est installé et mis en service en 1954/1955.
Beaucoup d’autres projets ont été envisagés, mais le classement du site leur laisse peu d’espoir de réalisation.
Clichés : E.-JY. Sardella


