La séance de rentrée de l’Académie du Savoie du 17 septembre 2025 s’est tenue devant une salle comble. Elle débute par l’éloge funèbre d’Albert Pachoud prononcé par le colonel Gaillot, et s’est poursuivie par une communication de Vincent Patey intitulée « Crise politique, climatique et sociale. Comment penser le conservatisme aujourd’hui ? ».
Éloge funèbre d’Albert Pachoud
Après le lycée de Chambéry, Albert Pachoud fait des études scientifiques à Grenoble où il se spécialise en géologie, puis les poursuit à l’École nationale du pétrole dont il sort ingénieur.
Il procède à des recherches pétrolières, notamment à Madagascar, et arrive en Algérie. À 30 ans, il découvre les champs pétrolifères de Hassi Messaoud malgré un certain scepticisme autour de lui, mais doit quitter l’Algérie au moment de l’indépendance.
Il s’installe à Grenoble et rejoint le BRGM en s’orientant vers la géologie alpine et l’étude des risques naturels.
Handicapé par une main droite paralysée, il n’en faisait pas état sur les conseils de sa mère. C’était un caractère fort, toujours disponible, mais néanmoins modeste et ne se mettant pas en avant.
Il a publié des ouvrages de référence sur sa commune, Apremont, sur le mont Granier et son éboulement, et sur le massif de la Chartreuse.
Le conservatisme
Dans la communication qui suit, Vincent Patey commence par évoquer l’histoire du conservatisme. Il cite Montaigne pour qui la raison seule ne peut tout guider et qui prône l’expérience. David Hume souligne les liens culturels et le sentiment d’appartenance. Quant à Edmund Burke, hostile à la Révolution française, il dénonce le contrat Rousseauiste, souhaite préserver les communautés et rejette l’individualisme : plus de « nous » et moins de « je ».
Le conservatisme se construit autour d’un héritage partagé et s’éloigne de toute révolution et projet radical. Il « conserve » ce qu’il y a de bon avant de penser à améliorer l’existant. Il refuse toutefois les excès du libéralisme mais peut présenter un déficit d’espoir.
Après avoir pris l’exemple de l’aménagement de Paris, entre Viollet-le-Duc, conservateur, et Hausmann, libéral, l’orateur se demande si on peut être conservateur et de gauche. Il cite Proudhon, révolutionnaire, mais qui assume l’héritage des Évangiles, bien qu’anticlérical, et du contrat social ; Jean Jaurès qui prône la prudence, la synthèse du passé et conserve certains aspects du christianisme, bien qu’anticlérical lui aussi ; et enfin Simone Weil, la philosophe, qui, bien que marxiste, propose l’enracinement dans la tradition.
Quant au progrès, il peut n’être qu’un slogan, vers où vas-t’il ? « En marche » n’a-t’elle pas créé une dynamique qui aboutit à une frustration ? Sais-t’on où nous emmène la spirale infinie du progrès ? Pour l’écologie, il s’agit plus de défendre que de se projeter, de conserver plutôt que de détruire, de critiquer le progrès et la croissance illimitée.
Aux États-Unis, si le mouvement « Maga » est un retour à un passé déifié, c’est aussi un mouvement révolutionnaire qui favorise le clivage avec peu de respect pour les institutions.
En conclusion, on pourrait résumer le conservatisme comme la science de la limite.
Clichés : E.-JY. Sardella

