La séance du 20 mai commence par l’éloge funèbre du professeur Jean Nicolas. Elle s’est poursuivie par la présentation d’un ouvrage sur Viollet-le-Duc et s’est terminée par l’évocation du général Olry.

Le professeur Jean Nicolas

L’éloge funèbre du professeur Jean Nicolas, décédé à Paris en 2025 à 96 ans, est prononcé par Corinne Townley, une de ses anciennes élèves, qui fut également reçu chez lui dans « une simplicité toute protestante ». Avant d’aborder sa carrière, Corinne Townley souligne l’importance de son épouse Renée avec laquelle il cosignera plusieurs ouvrages. Né en Ardèche, Jean Nicolas passe son agrégation d’histoire et enseigne en classe préparatoire à Annecy. Formé à la Sorbonne à la vision marxiste de l’histoire, il ne reniera jamais ses premiers engagements et s’attachera à illustrer les relations sociales et économiques des courants populaires. Il poursuit sa carrière à l’Université de Montpellier, puis à Paris VII. Il passe sa thèse d’état en 1976 avec sa monumentale étude sur « La Savoie au XVIIIe siècle, noblesse et bourgeoisie ». Elle sera éditée et rééditée et lui vaudra un prix de l’Académie française. Il sera nommé professeur des Universités deux ans après.

C’était un chercheur infatigable dans les fonds d’archives de toutes sortes, toujours attaché à mettre en valeur la conscience populaire et les relations ou les tensions entre les classes avec une grande cohérence intellectuelle.

Évocation de Viollet-le-Duc

Pierre-Louis Duchateau évoque ensuite Viollet-le-Duc au travers du très beau livre de Françoise Bercé. Chartiste, elle décrit l’homme et passe en revue l’extrême richesse de son œuvre. Dessinateur de génie, Eugène Viollet-le Duc faisait des croquis de tout au cours de ses nombreux voyages en France et surtout en Italie. Entré aux Beaux-Arts, il y reste deux jours, rebuté par la licence qu’il y découvre et persuadé qu’il n’y apprendra rien. Il préfère une formation technique d’architecte. Ce livre qui vient d’être réédité, liste l’ensemble des travaux d’un homme autrefois critiqué, mais largement réhabilité à ce jour.

Le général Olry, vainqueur des Alpes en 1940

Le colonel Schiavon, directeur honoraire au Service historique de la Défense, présente le général Olry, vainqueur de la bataille des Alpes de 1940. Né en 1880 à Lille et fils d’un polytechnicien, René Olry intègre cette même école. Il choisit une carrière dans l’artillerie comme beaucoup de ses camarades. Il se bat en 1914 dans la Meuse puis à Verdun où il rejoint l’État-major du 6e corps d’armée. Il fait l’École de guerre en 1920 et va créer l’École de guerre grecque bien qu’il ne soit que lieutenant-colonel. Général en 1932, il est chargé de la défense du Sud-Est, ce qui lui fera découvrir et aimer « ses chères Alpes ». Commandant de la Région militaire de Marseille avec 110 000 hommes sous ses ordres, il met en place un commandement interarmes par vallées ce qui donne à ses troupes une rapidité d’action et de réaction remarquable.

La guerre arrive en 1939 et les hostilités se déclenchent en 1940. Les Alpes connaissent le froid et la neige du siècle. Son armée, bien préparée et équipée, contient l’offensive italienne des Alpes, ces derniers subissant d’énormes pertes, puis résiste aux attaques allemandes sur l’Isère jusqu’au lendemain de l’Armistice. Le Sud-Est est préservé, les équipements et munitions sont conservées, et son action permet très certainement à la Savoie de rester en zone libre. Il reste dans l’armée en planifiant sa reconstruction. Atteint par la maladie, il passe dans les cadres de réserve en 1942 et meurt à Angoulême en 1944.

D’une grande intelligence, rigoureux et prévoyant, très apprécié de se chefs, il est un peu tombé dans l’oubli et mérite d’être remis à l’honneur.

Corinne Townley

Pierre-Louis Duchateau

Max Schiavon

Clichés  E et J-Y Sardella