La séance du 15 avril de l’Académie de Savoie est consacrée à l’évocation de l’entreprise Léon Grosse. Cette Société familiale, savoyarde et indépendante, est présentée par Jérôme Grosse, Président du Conseil de surveillance, et par Jean-Claude Creps, ancien Directeur général.

Ce dernier se présente en annonçant qu’il a passé 53 ans dans l’entreprise ! Il est bien placé pour affirmer que le temps n’a pas altéré son identité, son siège étant toujours à Aix-les-Bains. Elle est devenue et reste un acteur majeur du BTP en France et en Europe.

Jérôme Grosse prend ensuite la parole. N’ayant pas opérationnellement travaillé dans l’entreprise, il en fut administrateur, et préside actuellement le Conseil de surveillance. Il représente aussi les actionnaires familiaux. À son niveau, il s’agit de prendre environ deux bonnes décisions par an et de soutenir les dirigeants de l’entreprise.

Léon Grosse dégage un chiffre d’affaires de 1 milliard d’Euro environ, ce qui en fait la seule entreprise indépendante de cette taille. Dirigée actuellement par des acteurs non familiaux, elle conduit des petits et grands chantiers dans tous les secteurs du bâtiment.

Une entreprise de maçonnerie est fondée en 1850 par Jean-Baptiste Grosse qui dépose son bilan en 1854 à la suite d’un contrat pour le théâtre de Chambéry. Léon Grosse la relance en 1881et participe au Casino d’Aix-les-Bains. Elle se développe et on la retrouve dans la construction du pont de la Balme, de la salle Pleyel, du pavillon du Tourisme de l’exposition universelle de 1936. Jean Grosse réduit son activité pendant la deuxième guerre mondiale. Elle se développera ensuite régulièrement avec notamment Léon Grosse, le fils de Jean.

Une entreprise familiale mise beaucoup sur les talents des hommes qui la composent, cadres, employés et ouvriers attachés à la Société. On a montré que la longévité des carrières était plus élevée dans les sociétés familiales.

On apprend aussi de ses réussites, barrage de Motz, pont de Seyssel, piste de bob, gare de Satolas, …  et de ses échecs, problèmes de trésorerie, fermetures d’agences, abandon du créneau des maisons individuelles, …

L’entreprise a des convictions éthiques fortes – refus de participer à la construction du mur de l’Atlantique pendant la deuxième guerre mondiale - et fait preuve d’un engagement social qui entretient la cohésion des salariés. Son capital leur est largement ouvert et 100 % des collaborateurs sont actionnaires.

Elle doit enfin transmettre son histoire et ses valeurs aux nouvelles générations, actuellement la 4ème et la 5ème. L’expérience montre que parmi les membres d’une nouvelle génération, 1/3 sont passionnés, 1/3 non concernés (s’en foutent !) et 1/3 s’en vont.

Jean-Claude Creps reprend ensuite la parole. Il insiste sur une évolution permanente des métiers ; par exemple le nombre des ouvriers sur un chantier a été divisé par deux en un siècle alors que les planificateurs sont beaucoup plus nombreux. Si l’intervention de l’IA avait des effets modestes sur les chantiers, elle diminuerait de moitié le nombre de collaborateurs dans les bureaux d’études.

En conclusion, une entreprise familiale comme Léon Grosse a une âme, elle cultive sa pérennité et son indépendance, fait preuve de bon sens, de prudence et d’humilité.

Jérôme Grosse et Jean-Claude Creps

De gauche à droite, Jean-Claude Creps, le président Geneletti et Jérôme Grosse