La séance du 18 février de l’Académie de Savoie a fait l’objet de deux communications de haut niveau devant une salle comble. Philibert de la Forest Divonne a présenté des peintures murales découvertes dans une maison de maître à Saint Cassin et Pierre Geneletti, Président de l’Académie, est revenu sur une grève sur le chantier du tunnel du Fréjus en 1862.
Découverte d’un décor mural
Philibert de la Forest Divonne commence par rappeler l’histoire de cette maison des Alberges, à Saint Cassin, qui appartient actuellement à sa famille. Datant au moins du XVIIème siècle, elle est alors à la famille Morand. Un inventaire de 1727 couplé à la mappe sarde donne de précieuses indications. Au cours des siècles la maison évolue selon le gout des propriétaires jusqu’à son aspect actuel.
Un sévère dégât des eaux en 2022 amène à retirer du papier peint pour faire respirer les murs. Petit à petit apparait une fresque sous une couche de plâtre, se prolongeant sur plusieurs pièces qui avaient été cloisonnées. On y découvre les armes d’alliance de Claude Morand (1692-1772) avec Jeanne de Gantelet Vectier, un paysage endommagé, un château et son parc, au moins seize oiseaux, de la végétation et des personnages dont cinq sont visibles, parfois partiellement. L’ensemble du décor rappelle que cette demeure était autrefois un important relais de chasse.
La conservation départementale du patrimoine a été sollicitée et une spécialiste de la restauration des peintures anciennes est intervenue pour les sécuriser. Un relevé du décor et son étude stylistique seront prochainement réalisés.
Une grève au tunnel du Fréjus en 1862
Pierre Geneletti revient ensuite sur une étrange grève au tunnel du Fréjus.
Le 4 septembre 1862, environ 80 ouvriers de la carrière de Loutraz qui alimente en pierres le chantier du tunnel ferroviaire se mettent en grève, réclamant un salaire impayé. Il faut rappeler que nous sommes en France, peu après l’annexion, et que toute grève y est interdite. Le contexte politique est délicat : le Royaume Sarde, devenu Royaume d’Italie, soutient ardemment le tunnel et le finance alors que la France n’y croit pas.
Le procureur général de la Cour d’appel de Chambéry va sur les lieux accompagné du sous-préfet et du juge d’instruction de Saint-Jean-de-Maurienne. L’intervention du brigadier de gendarmerie et de l’ingénieur des travaux permet de calmer le jeu : le maire de Modane distribue des vivres et on promet aux ouvriers de les payer sous huit jours. Néanmoins, les 40 les plus virulents sont licenciées après avoir été payés.
Une autre cause de l’évènement vient de la difficulté d’intégrer cette armée de travailleurs dans deux petites communes comme Modane et Fourneaux : logements sordides, difficultés de ravitaillement, pénurie de bois de chauffage et entente difficile entre italiens et français. L’affaire se conclut par une surveillance discrète du chantier et une clémence judiciaire prônée par les autorités locales et approuvée par le ministre de l’intérieur. Enfin, il ne fallait pas, au niveau politique, donner du grain à moudre aux « journaux opposés à la politique du Piémont ».


