Le bouleversement causé par la guerre et l'après-guerre et surtout les difficultés croissantes que présente la publication des travaux historiques en raison du coût de l’impression, ont préoccupé depuis plusieurs années les historiens de tous les pays et les congrès internationaux des sciences historiques qui se sont réunis en 1923 à Bruxelles et en 1928 à Oslo ont cherché à remédier à la crise grave qui menace de ce fait nos études. À cet effet, le cinquième congrès international a émis, à l’unanimité le vœu que fut constitué un comité international permanent pour assurer la continuité de l’œuvre du Congrès, dont le succès a été éclatant.
Ce vœu a été émis sur la proposition du consortium des Sociétés savantes américaines et il est certain que l'initiative a été inspirée par le désir généreux des érudits des Etats-Unis d'offrir leur concours intellectuel et financier aux entreprises scientifiques qui leur paraîtraient dignes d'être encouragées.
Mais pour que cette œuvre fut efficace, le Comité international a recommandé la formation dans chaque pays d'un comité national. A l'appel il a été répondu en France : des historiens et des archéologues éminents, MM. Homelle, Glotz, Lot, membres de l’Institut, etc.. etc.. ont compris l'intérêt à la fois scientifique et patriotique qu'il y avait à grouper tous les historiens français pour les faire collaborer, pour assurer la digne représentation de la science française à l'étranger, et aussi pour recommander à l'attention des organisations étrangères mieux dotées que les nôtres, certaines œuvres que nos ressources ne nous permettent pas de mener à bonne fin.
A son tour le Comité national qui siège à Paris n'a pas voulu que son activité fut seulement parisienne. Pour que son œuvre soit féconde, il est nécessaire que tous les historiens s'y intéressent et que la province collabore avec Paris. C'est pourquoi il a recommandé la création dans chacune des villes universitaires de fédérations régionales groupant tous les spécialistes de l'histoire.
Très justement il a pensé qu'à coté des professionnels de l'histoire appelés par leurs fonctions même à lui apporter leur collaboration, professeurs d'histoire des Facultés de lettres et de Droit, professeurs d'histoire des lycées, des collèges, des écoles normales, des établissements de l'enseignement libre, archivistes des départements, conservateurs des bibliothèques classées, il convenait de s'adresses à ces admirables sociétés savantes dont un des objectifs principaux est la culture désintéressée des études historiques. Toujours à la peine elles sont trop rarement à l'honneur et depuis la guerre beaucoup se heurtent à des difficultés financières qui les empêchent, dans bien des cas de donner aux travaux de leurs membres la publicité désirable.
C'est pourquoi le Comité national des sciences historiques propose la constitution. dans le cadre des académies, de fédérations historiques groupant à la fois les sociétés savantes et les personnes spécialisées par leurs fonctions dans les études historiques. Ces fédérations sont destinées à créer un lien entre tous ceux qui dans une région, s'intéressent à l'histoire Elles se feront représenter au comité national et aux congrès internationaux ce qui permettra aux uns et aux autres et en particulier aux sociétés locales d'être connus à l'étranger.
Sans entreprendre de publications propres, ces Fédérations patronneront les travaux historiques entrepris dans la région et procureront à l'occasion des ressources pour leur édition.
Des Fédérations de ce genre existent déjà dans beaucoup de villes universitaires. Celles de Normandie à Caen et de Bourgogne à Dijon sont particulièrement prospères. Un groupe de spécialistes qui s'est réuni la 27 Mai à la Faculté des Lettres de Grenoble s'est proposé de fonder une Fédération de ce type dans notre académie. Il désirerait obtenir l’adhésion des grandes sociétés savantes de la région en même temps que celle des spécialistes. Une cotisation très minime sera demandée aux adhérents. L'organisation définitive du groupement sera faite d'un commun accord entre les adhérents.
Une lettre personnelle accompagnait le projet ci-dessus :
Grenoble, le 14 juin 1929
Cher Monsieur
Quoique ayant quitté Chambéry depuis plusieurs années déjà, je n'ai pas oublié les excellents rapports que nous avons eus ensemble pendant mon séjour au lycée et je suis très heureux de l'occasion qui m'est offerte de me rappeler à votre bon souvenir. Je me permets en effet aujourd'hui de vous soumettre un projet de Fédération nationale et internationale des historiens. Le papier que je joins à cette lettre vous éclairera sur la but et la portée de cette institution qui est appelée à rendre de grands services. Je ne doute pas que vous n'adhériez personnellement à cette Société où votre place est marquée aux premiers rangs, mais là n'est pas l'objet de ma démarche.
M. Latouche, professeur d'histoire du moyen-âge à la Faculté des Lettres de Grenoble a été choisi. préalablement à la nomination d'un bureau, comme secrétaire général provisoire d'une section de la Fédération, qui, conformément aux statuts s'étendra à la circonscription de l'académie de Grenoble-Chambéry.
Il lui parait à juste titre très important d’obtenir l'adhésion de Sociétés savantes locales et spécialement à Chambéry de l'Académie de Savoie ainsi que de l'autre Société scientifique et historique dont, à ma honte, j'avoue avoir oublié le nom.
D'autre part on a pu craindre, à tort ou à raison, que des susceptibilités d'amour propre local ou personnel ne viennent à se manifester en présence d'une invitation venant d'un comité grenoblois. Vous sachant au-dessus de pareilles considérations ainsi que bien à même d'agir dans un sens favorable auprès des historiens savoyards, je me suis permis de m'adresser à vous très librement, sur la prière de M. Latouche. Celui-ci vous serait très obligé d'employer votre influence lorsqu'une proposition d'adhésion sera adressée aux dites sociétés pour les amener à se joindre au groupement projeté. Une pareille organisation n'a pour but que d'établir entre les érudits du Dauphiné et de la Savoie une collaboration et une solidarité respectant l'indépendance de chacun et qui ne peuvent qu'être profitables à tous.
J'ai cru pouvoir assurer à M. Latouche, que l'on pourrait dans les ces circonstances compter sur vos bons offices. C'est pourquoi je prends la liberté de vous faire part de ses projets tout à fait personnellement et avant toute démarche officielle ..