Introduction de
L'HISTOIRE DE L'ACADEMIE DES SCIENCES BELLES- LETTRES ET ARTS DE SAVOIE
SUIVIE DES TABLES DES TRENTE-SIX PREMIERS VOLUMES
DES MEMOIRES ET DES SIX PREMIERS VOLUMES DES DOCUMENTS
par M. Louis PILLET
Vice-Président de l'Académie,
Officier de l'Instruction publique,
Chevalier des Saints Maurice et Lazare,
Membre de plusieurs Sociétés savantes.
imprimé à
CHAMBÉRY
IMPRIMERIE SAVOISIENNE, RUE DU CHATEAU
1891
Nous avons assisté à la naissance de notre Société académique. Elle se réunit pour sa première séance le 23 avril 1820. Dès lors commence une période de début, je dirais presque d'enfance, qui se continue jusqu'au 23 juillet 1827, jour où le roi Charles-Félix la décore du titre de Société royale académique de Savoie. Nous allons raconter son histoire pendant cette première période de sept ans.
A la séance du 23 avril 1820, le bureau fut ainsi composé :
A chaque élection annuelle, les mêmes fonctionnaires ont tous été réélus jusqu’en 1827, tant qu'a duré la Société académique.
Outre les huit membres effectifs résidants, dont nous avons donné la biographie, la Société se composait de treize membres non résidants, qui, d'après le règlement, étaient tous Savoisiens. Nous sommes fiers de reproduire cette liste qui fait honneur à notre petit pays. Elle est par ordre alphabétique :
Il y avait seulement trois membres correspondants aussi Savoisiens :
A la même séance du 23 avril 1820, la Société vota le règlement qui avait été discuté dans les réunions intimes des quatre premiers fondateurs. Légèrement modifié à diverses reprises, il a été arrêté et imprimé à la date du l2 février 1845.
Pour obéir à la loi, la Société avait dû obtenir une autorisation ministérielle. C'est le comte Balbo, premier secrétaire d'État pour l'intérieur, qui lui accorda cette autorisation, accompagnée d'une lettre fort gracieuse, le 29 avril 1820.
A peine était-elle constituée, qu'elle faillit être étouffée par les graves événements politiques survenus à Turin au mois de mars 1821. Les séances, suspendues au 29 avril 1821 ne furent reprises que le 7 juillet 1822, à la suite d'une autorisation du roi Charles-Félix, qui lui fut transmise, avec les encouragements les plus flatteurs, par le comte Rogex de Cholex, devenu ministre de l'intérieur.
C'est en souvenir de ces débuts que la Société a placé dans la salle de ses séances le portrait du roi Charles-Félix et les bustes des deux ministres Balbo et Rogex de Cholex. (Ces bustes lui ont été donnés par le sculpteur piémontais Spalla, séance, du 22 juin 1827.)
Avec non moins de justice, elle y installa plus tard les portraits du général comte de Loche, du professeur Raymond et du cardinal Alexis Billiet, qui ont été ses vrais créateurs.
Pour compléter son organisation, il lui manquait un emblème, un sceau à imprimer sur les diplômes de ses membres; elle s'en occupa dans sa séance du 3 avril 1825. La Société académique aimait à se rattacher par ses souvenirs à la première Académie qui ait existé dans notre pays, à l'Académie Florimontane, fondée en 1607 par saint François de Sales et Antoine Favre, vingt-sept ans avant la fondation de l'Académie française. Bien que cette Académie n'ait pas laissé de traces, et ne soit connue que par une lettre du président Favre à Gaspard Schifordegherus, on sait qu’elle avait adopté pour emblème un oranger avec la devise : flores et fructus.
Sur la proposition de M. Raymond, la Société académique a repris l'emblème de l'antique florimontane et l'a conservé jusqu'à ce jour.
L'Académie de Savoie a été fondée en 1820, il y a soixante et dix ans. Les membres fondateurs sont tous morts; un grand nombre de leurs successeurs les ont déjà suivis, depuis longtemps, dans la tombe.
Avant que l'oubli ne se fasse sur les noms et sur les travaux de ces hommes dévoués à leur pays, c'est un devoir pour nous, rares survivants de cet âge, de recueillir et de conserver les exemples qu'ils nous ont laissés.
Sans prétendre rivaliser avec les Sociétés scientifiques et littéraires des grandes cités, notre Académie des sciences, belles-lettres et arts, a eu, sa part d'influence dans le territoire restreint de la Savoie. Chambéry était alors une petite capitale du duché. Des hommes distingués s'y trouvaient réunis, ils y formèrent le centre d'un cercle intellectuel fort remarquable.
Bien que les circonstances politiques soient changées aujourd'hui, et que l'importance de Chambéry, simple chef-lieu d'un département obscur, soit fort diminuée, nous aimons a croire que l'Académie de Savoie survivra à ces changements, qu'elle continuera, pendant des siècles encore, à rendre des services à notre pays. Nos arrière-neveux, nos successeurs, seront certainement désireux de connaître les origines modestes de notre Société, ils nous reprocheraient de ne pas leur en avoir transmis au moins quelques souvenirs.
C'est d'ailleurs là, pour une grande part, l'histoire littéraire de notre Savoie pendant ce siècle. Le nom d'histoire n'est pas exclusivement réservé au récit des batailles ou des événements politiques ; il ne suppose pas nécessairement le dépouillement de parchemins et papiers jaunis dans les archives. L'histoire au contraire et surtout l'histoire littéraire s'écrit plus fidèlement par les contemporains, qui ont connu et apprécié les hommes dont ils ont à raconter la vie, au moment où la critique impartiale commence à se prononcer sur leurs personnes et sur leurs travaux.
Je n'ai pas la pensée de composer la biographie complète de tous les membres qui ont fait partie de l'Académie de Savoie, résidants, non résidants, associés et correspondants. Ce serait au-dessus de mes forces, et, d'ailleurs, pour beaucoup de savants étrangers agrégés à ces divers titres, ce serait sortir de l'histoire littéraire de la Savoie, qui est l'objet spécial de mon travail. Je ne parlerai donc que des membres effectifs résidants.
Je les passerai rapidement en revue, en commençant par les vénérables ancêtres et fondateurs de notre Académie. Je suivrai l'ordre de date de leur réception, en donnant une courte notice sur les œuvres de chacun d'eux.
Je voudrais prouver qu'il y eut de tout temps à Chambéry une pléiade d'hommes distingués, laborieux, dévoués à leur pays. Je désire que leur exemple nous encourage, qu'il stimule ceux qui viendront après nous, et qu'ils nous prouve que, même sur une très petite scène, on peut acquérir des droits à l'estime et à la reconnaissance de ses concitoyens.